Le charme

Le charme
Rencontres Philosophiques de Monaco
Date
Giovedì 10 dicembre 2026 dalle 19:00 a 21:00

Prezzo
Evento gratuito


Indirizzo
12, avenue d'Ostende

Categoria
Conferenze

Questo evento è accessibile alle persone con mobilità ridotta


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2026
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Le charme 1/1

Le charme

Evento gratuito
Evento accessibile
Francese
Les Rencontres Philosophiques de Monaco ont l’ambition de créer un « lieu » inédit, dans lequel la philosophie trouve sa maison, donnant hospitalité aux penseurs français et étrangers qui aujourd’hui la nourrissent de leurs recherches, et accueillant le public le plus large, à qui la philosophie apporte les outils de réflexion nécessaires pour comprendre le monde, la société, les autres et soi-même.

Le charme ressemble un peu à la modestie : il disparaît dès qu’il se revendique et se dit. Aussi semble-t-il n’être ni « rien », car il arrive bien de « tomber sous le charme », ni « quelque chose », car chacun pourrait alors et selon son bon plaisir, s’en approprier. Il n’est guère, en tous cas, une « propriété » stable ou un attribut des choses et des êtres – on n’a pas le charme comme on a un petit nez, de grandes jambes ou comme le rosier a des épines – et il ne possède pas une « essence » d’où procéderaient toutes ses formes. Peut-être est-il alors un assemblage d’affects, d’émanations sensibles, d’ « apparitions », de productions de sensations et de perceptions capable de produire une « ambiance », une atmosphère, une aura – un peu comme une légère brume qui soudain donne à l’étang une étrange beauté. Mystère, dynamisme invisible, puissance sans source identifiable, le charme n’existerait que fugacement dans le flux qu’il crée entre ce qui en est la source – une personne, un paysage, une musique – et l’être humain qui en reçoit l’effet magique. Il a l’air, en ce sens, d’être comme un philtre – un philtre d’amour. De fait, il l’est, par son origine. Le charme, du latin carmen (anciennement casmen, sanscrit çasman, de çañs, célébrer) est d’abord chant, enchantement, vers, formule incantatoire, et, en ce sens, est bien le sosie du fascinum (le fascino, par quoi l’italien traduit charme, et qu’on retrouve dans fascination), qui désignait le sort, le sortilège, le maléfice ou le mauvais œil, tout ce qui peut « attacher », astreindre, lier. Autrement dit, le charme, originellement, était bien quelque chose : une faculté d’envoûter, d’ensorceler – mais alors que la fascination est l’effet d’un pouvoir captivant qui immobilise et hypnotise, enchaîne et lie, réalisant une sorte de captation de volonté, le charme, lui, semble avoir perdu au fil du temps sa capacité d’envoûter et de paralyser, et se contente, sans le vouloir, d’attirer par sa simple grâce. C’est pourquoi il n’est pas une arme de séduction, quand bien même la personne qui est « sous le charme » » n’aurait-elle d’autre désir que d’être séduite. Car séduire, c’est « amener à soi » (se-ducere), et originellement « détourner du chemin » (de la vérité), enjôler ou appâter pour finalement « conquérir » – de façon d’autant plus efficace, dirait Baudrillard, qu’elle ne se présente jamais comme une « stratégie » trop visible mais souvent comme un simulacre, sous un voile qui ne cacherait rien, un « jeu de signes sans référent », produisant son effet sans produire de sens. Le séducteur n’agit pas en tant qu’il est lui-même, mais en tant qu’il est capable de faire jouer les apparences, au point qu’il peut même revêtir les habits du séducteur séduit si « être séduit » par celui ou celle qu’on veut séduire, peut ajouter des cartes au jeu, des figures supplémentaires au théâtre de la séduction dans lequel chacun est tour à tour joueur et figurant. Rien de tel dans le charme, qui ne lie ni n’attache mais dit et chante, et n’est charme que parce que sans intention. Vladimir Jankélévitch le dit indéfinissable, indéductible, indivisible, indicible – sinon comme « je ne sais quoi ». Aussi, comme pour Dieu ou la mort, ne peut-on proposer qu’une philosophie apophatique du charme – qui dirait ce qu’il n’est pas. Ni dicible ni intentionnel, ni volontaire ni stratégique, ni séducteur ni fascinant, le charme, qui dit et chante, n’a pas même l’heur de se dire et se chanter lui-même. Il n’existe, écrit Jankélévitch, que dans la « nescience de soi » – car le charmant qui se saurait charmant ne serait qu’un charmeur – comme pur événement, « radioactivité de la chose belle qui enveloppe le sujet », pure « venue », presque une parousie. Jamais présent à lui-même, il est donc essentiellement évasif – fuit, s’échappe, invisible et intangible, mais présent à autrui comme évanescence ou « apparition-disparaissante », ainsi que le sont la musique et les parfums. C’est pourquoi le charme est loin de n’être qu’une catégorie esthétique : il est une figure de l’innocence, qui « fait le bien », comme par enchantement, qui n’« opère » que de façon désintéressée, de sorte que le sujet charmé, loin d’être contraint et ligoté, se trouve « ravi », ouvert à la rencontre, consentant. Fragile et labile, ne se donnant jamais à lui-même des qualités – sinon il serait une coquetterie – le charme, comme catégorie morale, est aussi précieux que l’absence de « pose », d’égoïsme et de calcul, aussi précieux que la gratuité, le désintéressement, l’innocence ou la bienveillance.

Robert Maggiori

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