On ne sait pas si, pour chacun(e), les autres sont un enfer ou un paradis. Tantôt l’un tantôt l’autre, dira-t-on – comme la solitude, d’ailleurs, est tantôt un havre, un merveilleux jardin où l’on se cultive soi-même, ou une malédiction, une prison où l’on se torture de n’être pas par autrui accepté et d’être exclu de tous les cercles d’amitié. Pour Aristote, on le sait, l’homme est un « animal politique », animal par ses instincts, politique par la pulsion qui le pousse à être dans la cité, au milieu des autres et participer à la conversation sociale. Le désir d’être ensemble peut-il jamais s’éteindre, quand on vit, justement, « en société » ? Si cela par malheur arrivait, ce n’est pas le bonheur d’être en compagnie qui mourrait, mais la pensée elle-même: toute personne doit certes avoir le courage de penser à la première personne, mais sa pensée elle-même, et son être tout entier, ne se forgent qu’au contact de celle des autres. Comme a pu le dire Leïla Slimani: « On n’arrive jamais à soi autrement que par le chemin des autres ».
Robert Maggiori