L'amour d'un père

L'amour d'un père
Rencontres Philosophiques de Monaco
Date
Giovedì 5 novembre 2026 dalle 19:00 a 21:00

Prezzo
Evento gratuito


Indirizzo
12, avenue d'Ostende

Categoria
Conferenze

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2026
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L'amour d'un père 1/1

L'amour d'un père

Evento gratuito
Evento accessibile
Francese
Les Rencontres Philosophiques de Monaco ont l’ambition de créer un « lieu » inédit, dans lequel la philosophie trouve sa maison, donnant hospitalité aux penseurs français et étrangers qui aujourd’hui la nourrissent de leurs recherches, et accueillant le public le plus large, à qui la philosophie apporte les outils de réflexion nécessaires pour comprendre le monde, la société, les autres et soi-même.

Il est curieux de constater que l’ambiguïté de « l’amour d’un père » – uniquement grammaticale s’entend – vienne du génitif, le bien nommé, soit d’un complément du nom, qu’une simple majuscule transformerait en Nom… du Père, et du fait que l’amour soit bijectif, aussi bien donné que reçu. La colère ou la bonté d’un père sont celles que le père a en lui, mais l’amour d’un père est à la fois celui qu’il porte à son enfant et celui que l’enfant lui porte. Seule « la haine du père » aurait la même ambiguïté (grammaticale) ! Aussi parlerait–on plutôt d’amour paternel, ce qui cependant le rendrait plus général, et n’en ferait pas l’amour que porte à sa fille ou son fils ce père-là. Il est habituel de penser – ce qui se rapproche du préjugé – que l’amour d’une mère pour son enfant contiendrait moins de « mystère » parce qu’il serait indéfectiblement associé à une initiale symbiose biologique réalisée dès la vie intra-utérine. Et qu’ainsi l’amour d’un père en contiendrait davantage parce qu’il transcenderait le lien physiologique, biologique, parce qu’il ne naîtrait pas de l’acte sexuel fertile mais des expériences mentales et émotives de la parentalité, d’une « acquisition » psychologique, morale et culturelle, et se constituerait comme choix, comme acte de reconnaissance et de responsabilité éthique. Autrement dit, l’amour d’une mère serait « premier », parce qu’enraciné dans le corps, alors que l’amour d’un père serait second, « abstrait » né d’une « rencontre » avec l’enfant (de quel âge ? Un jour, trois mois, un an, six ans, onze ans ?), serait construit par l’expérience du soin et du jeu, de l’attention et de la protection, par l’éducation et la culture. Les philosophes ne se sont pas toujours protégés de ces stéréotypes. Ainsi, pour Kant, l’amour paternel serait plus profond que l’amour maternel, parce que fondé non sur un instinct biologique mais sur la « reconnaissance métaphysique » du fils (pas de la fille ?) en tant que personne libre, et parce que, garant de la loi, de l’ordre, du travail et de l’avenir, il introduit le fils au-delà du monde de la nature, dans le monde humain. Sur la paternité, cœur de son éthique, on trouverait tout autre chose chez Emmanuel Levinas. Déliée évidemment de la biologie et de la génétique, définie comme une relation paradoxale où le père se trouve en présence d’un « étranger qui est lui–même » sans être sa propriété, la paternité permet de sortir de l’existence isolée, du solipsisme, car elle est un engagement inconditionnel pour l’autre – cet autre particulier qui est à la fois « soi » et demeure radicalement autre – qui précède tout engagement, soit la figure originaire de la responsabilité. « Chaque fils du père est fils unique, fils élu, écrit-il dans Totalité et infini. L’amour du père accomplit la seule relation possible avec l’unicité même d’un autre, et, dans ce sens, tout amour doit s’approcher de l’amour paternel. » Chez l’existentialiste Gabriel Marcel également (Homo viator) la paternité est, un « acte » qui n’a rien à voir avec l’acte sexuel, lequel peut s’effectuer « dans une quasi-insouciance totale », ni avec le « néant de la procréation », mais relève d’un « vœu créateur » par lequel un homme « se fait père », d’un engagement libre, répété et continu, d’une responsabilité « qui transforme la procréation en paternité réelle ». S’ouvriraient d’autres pistes si on se référait à Erich Fromm ou Jacques Lacan, Hegel ou Kierkegaard, et si on en appelait à quelques figures mythiques, Dédale et Icare, Abraham et Isaac, Ulysse et Télémaque… Mais il apparaît que le thème de l’« amour du père » soit philosophiquement « irréductible » : il ne se borne ni au seul instinct, ni à la loi, ni au sentiment, ni au care, et semble être le lieu où responsabilité, altérité, liberté, devenir, reconnaissance et avenir se tressent et créent des nœuds qu’aucune conception ne délie. D’autant que la notion même de « père » se trouve de nos jours diffractée, dès lors qu’on peut l’être sans l’être biologiquement, que dans les familles homoparentales la fonction paternelle n’est plus indissociable du sexe masculin, que l’ex-pater familias n’est plus le garant de l’ordre normatif mais seulement un « partenaire » dans l’éducation, devant respecter démocratiquement dans la négociation familiale la voix de l’autre parent et des enfants, et que le père détient aujourd’hui moins « naturellement » son autorité et sa légitimité qu’il ne doit les « prouver » par ses actes et ses comportements. Mais l’amour dans tout ça ? Un père aime-t-il « autrement » son enfant que ne l’aime une mère, que les enfants n’aiment leurs parents, que frères et sœurs ne s’aiment, que deux personnes qui se sont rencontrées par hasard ne s’aiment ?

Robert Maggiori

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